INFOLETTRE

La perte que Saint-Antoine de Padoue n’a jamais contrée

-Quand je suis allée voir une voyante, elle m’avait dit d’être prête. Le regard vide, le cœur qui battait dans ma tête, je lui ai posé la question : « Prête à quoi? » –

En prononçant ces simples mots, je n’imaginais même pas l’immense poids qu’ils auraient dans une telle situation. Personne n’est vraiment « prêt » à vivre un drame, parce que si c’était le cas, on n’aurait jamais nommé cela « un drame ». Pour certains d’entre vous, ce texte aura l’air empreint d’hyperboles exagérées et d’emphases superflues. Pour moi, ce n’est que la lourdeur des émotions que je transporte dans mon sac à dos, depuis quelques années. 

Je me souviens avoir appris que la maladie envahissait le corps de la personne que j’aimais le plus au monde, je me souviens avoir été moi-même envahie, mais de questions. Je me souviens encore plus du moment où la guérison semblait pointer son nez à l’horizon. C’est l’étape dont je me souviens le plus clairement, puisque c’est elle qui a été la plus difficile à avaler, dans tout ce cocktail de mauvaises nouvelles. Je me souviens du jour où j’ai su que l’entité qui dévorait ma grand-mère de l’intérieur était revenue, qu’elle avait été si bien tout ce temps, qu’elle n’avait pas accepté d’en être retirée. Je la comprends, dans un sens, ma grand-mère était tellement une personne exceptionnelle, accueillante et généreuse, je la comprends de s’être attachée autant à elle. 

En revanche, ce que je n’ai pas encore saisi même après tout ce temps, c’est la façon dont je vais m’y prendre pour parvenir à rester moi-même sans elle. Quand je me pose ce genre de question, je me vois comme une petite fille qui essaie de comprendre la vie. « Bonjour! Je m’appelle Alexandra. J’ai 28 ans, presque 29 et je ne comprends pas la notion de la mort. » En fait, je ne sais pas si je ne la comprends pas ou si je ne veux simplement pas la comprendre. Je ne sais pas non plus si j’en ai peur ou si je suis juste en tabarnakque ce soit tombé au coeur de ma famille. Si vous êtes comme moi, il arrive qu’on ne sache pas dissocier la peine de la colère, mais dans ce cas-ci je pense fermement que c’est tout un mélange. Dans le fond de mon coeur, c’est sûr que j’étais soulagée de savoir qu’elle n’aurait plus mal, parce qu’il ne faut pas être égoïste dans toute cette histoire, c’est probablement elle qui a le plus souffert, je la connais tellement ! Je sais que le simple fait de me voir avoir de la peine aurait été assez pour qu’elle amoindrisse son mal l’instant d’un moment.

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Ce qui est ironique, c’est qu’à l’annonce de sa maladie, j’ai décidé de me faire tatouer Saint-Antoine, parce que c’était son Saint préféré. Le Saint qui retrouve nos objets perdus à tous coups, mais surtout celui qui apporte la guérison. C’est fou de se dire que cette fois-ci, Saint-Antoine a pas mal failedà sa mission de guérison, on va se le dire ! Je l’aime quand même, mais disons que je la garde sur le coeur celle-là Ti-Toine!

Ce dont je me souviendrai toujours et ce qui a hanté la plupart de mes nuits, c’est sa dernière journée. -Je tiens à vous dire que si vous êtes comme moi, vous aurez peut-être besoin d’un mouchoir, ici. Non? Je vous aurai avertis, au moins ! –

La dernière journée de ma grand-mère a été une journée douce, mais tellement douce, qu’on aurait cru que le temps avait été mis sur pause afin que chaque instant reste imprégné dans ma mémoire. Je me souviens que j’étais habillée très peu de circonstances puisque je m’en allais travailler au moment où j’étais passée la voir. C’est donc vêtue d’une robe noire un peu trop courte, qu’on m’a dit que je devrais songer à laisser tomber mon shift ce soir-là, parce que ma grand-mère préparait son départ. Son départ fut totalement à son image, délicat et rempli d’amour. Je sais que pour ma grand-mère, une personne si pure et parfaite, la plus grande déception qu’elle ait dû essuyer a été la séparation de mes parents, de ma famille. Nous voir nous déchirer les uns les autres lui a fait une cicatrise profonde, qui, je sais, n’a jamais vraiment guérit. Ce jour-là, il n’y avait plus de tension, mon père était là avec ma mère, il y avait mon frère et moi et il y avait les blagues maladroites que mon père faisait à ma grand-mère pour la faire rire, parce que c’est ce qu’il a toujours fait de mieux, la faire rire. Je me souviens m’être sauvée dehors, juste à temps pour les derniers moments de clarté des jours d’été. Je me souviens que dehors, il y avait une petite pergola et que sur celle-ci, des vignes poussaient au-dessus de ma tête. Je me souviens aussi m’être dit que j’irais voir les poissons dans l’aquarium parce que ma grand-mère m’avait dit qu’elle pensait à moi quand elle les voyait, dès qu’elle voyait des animaux, elle pensait à moi. Je sais, c’est décousu comme souvenir, mais c’est ce qui vient dans l’histoire. Après cette petite pause, je suis retournée à la chambre et j’ai vu que les dames de la maison avaient allumé des lampions, plein de lampions. Le corridor vers la chambre de ma grand-mère était illuminé de ce voile jaunâtre, réconfortant. En marchant dans le couloir, je me suis surprise à marcher à pas de souris, comme si je ne voulais pas déranger l’état serein dans lequel tout l’immeuble était plongé. 

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Revenue à la chambre, j’ai senti que je devais vaincre mon malaise et m’approcher d’elle. J’ai retiré mon veston, j’ai enlevé mes sandales à talon qui me faisaient mal aux pieds et je me suis agenouillée à côté de son lit. J’ai pris sa main. Si vous saviez la douceur que la peau de ma grand-mère avait, c’est comme si on avait fusionné la peau d’un bébé à celle d’un bébé chat et qu’on avait enveloppé le tout de velours parfumé de poudre florale. Pour vrai, la peau de ma grand-mère je vais m’en rappeler toute ma vie. Que ce soit celle de son cou, de ses coudes ou de ses mains rien au monde ne pourra jamais me faire oublier ça. 

Je me rappelle que mon grand-père était parti quelques temps pour se reposer à la maison, prendre sa douche et se changer. Il est tellement fier, il aime tellement être toujours beau, je le comprends ! Par contre, on a tous vu que grand-mère attendait qu’il arrive pour baisser sa garde et ça me brisait le coeur. 

Quand j’ai entendu mon grand-père arriver, je n’entendais plus rien autour, je m’entendais respirer, je regardais la poitrine de ma grand-mère se lever et se rabaisser au rythme de sa respiration qui décélérait. Je me rappelle encore mon père qui avait arrêté ses blagues, mon frère qui pleurait en silence comme le dur au coeur tendre qu’il est, mais je me souviens surtout de ma main qui ne voulait pas lâcher la sienne. 

Je me souviens du moment où elle a senti que mon grand-père était avec nous. Je me souviens avoir entendu son soupir de soulagement, mélangé à la peur de l’inconnu qui s’est trahi par la larme que j’ai vu perler sur sa joue.

Je me souviens avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, à en avoir mal physiquement. Je me rappelle m’être réveillée en pleine nuit et me demander si j’avais seulement rêvé. 

Je me souviens aussi des paroles de la voyante : « Tu sais Alexe, c’est normal que les gens plus âgés partent en premier… » 
Normal ? Pour les adultes matures peut-être, mais pas pour une petite fille comme moi. 

Cheers aux petits coeurs fragiles !

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Membre dévoué de l’équipe des #BeluGirls et mom à temps plein, c’est avec un ton plus humoristique (parsemé de son humour noir), qu’elle saura vous faire voir les petites étapes de la vie d’un autre œil, plus léger, parfois. Elle connait toutes les tendances pour enfants et en terme de shopping, c’est la pro! Si vous avez des inquiétudes ou un besoin de décompresser entre filles, elle emporte le vin et le dessert!